Métropoles mondiales

D’autres grandes métropoles ont développé des projets similaires à CARMA, considérés comme indispensables à leur sécurité alimentaire, au bien-être de leur population et à l’attractivité de leur territoire. Les exemples à l’étranger révèlent le retard de l’agglomération parisienne dans la prise en compte des enjeux écologiques et agricoles d’avenir. 

A Milan, le Parc Agricole sud a été établi dès 1987. Près de Barcelone, Le Baix Llobregat Agrarian Park, ou BLAP, initié par des agriculteurs locaux déterminés à maintenir la production vivrière, a été reconnu en 1998.

Montréal

La ville de Montréal a été confrontée à une urbanisation massive entre 1961 et 2006. Le «Système alimentaire montréalais » mis en place est un réseau de collaboration territorial qui intègre la production, la transformation, la distribution, la consommation de produits alimentaires et la gestion des matières résiduelles, dans le but d’accroître la santé environnementale, économique et sociale de la collectivité.

Les « Moissonneurs solidaires » poursuivent les buts suivants : 

  • Développer une alternative d’approvisionnement en légumes frais au profit des banques alimentaires ;
  • Accroître, en volume et sur une plus longue période de l’année, la consommation de légumes chez les personnes en situation de pauvreté ;
  • Aider des personnes en difficulté à réintégrer leur place en société à travers des travaux agricoles Par ailleurs, 

Montréal développe de nombreuses initiatives en agriculture urbaine et périurbaine, avec une dimension recherche (un laboratoire d’agriculture urbaine vient d’être inauguré récemment).

Jardin communautaire sur des terres à proximité du périmètre d’urbanisation / Montréal

Milan

Le Parc agricole du Sud-Milan (PASM) se déploie sur une superficie protégée de 46.300 ha et regroupe une soixantaine de communes.

Le projet « Nutrire Milano » (« Nourrir Milan ») vise à transformer ce territoire en modèle d’agriculture durable: tous les producteurs engagés dans le projet se sont engagés à signer un cahier des charges qui institue des pratiques respectueuses de l’environnement.

Parc agricole du Sud-Milan

Barcelone

Le parc agraire del Baïx représente 2700 ha classés « agricoles ». Désormais l’agriculture périurbaine est emblématique de la Catalogne. 

L’agro-tourisme s’y développe à travers des treks de loisirs, ainsi que par des ateliers de cuisine et de dégustation et des sessions éducatives avec le public scolaire. 

Un label «Fresc» («frais» en catalan) permet aux consommateurs d’identifier la production locale, dans les marchés et dans les restaurants de la métropole.

Genève

Le Canton de Genève comprend 45 communes, dont Genève au centre avec 220 000 habitants (40% de la population du canton). Le territoire n’a jamais pu assurer son autonomie alimentaire. Les zones franches mises en place en 1860 (quand la Savoie est devenue française) avaient un rôle dans l’approvisionnement agricole de la ville. Elles ont disparu mais le principe de circulation de marchandises non taxée a été maintenu. 

Le Canton de Genève est composé de 45% de zones agricoles (vigne, grandes cultures, maraichage / territoire plat – très peu d’élevage), 25% de zones urbaines et 30% de lacs et forêts. Il y a en effet la volonté de protéger à la fois les zones agricoles et les milieux naturels, qui sont des poumons de verdure et des hot spots de biodiversité.

En 1918, un premier plan de zone a défini les zones à bâtir ou non. La SDA (surface d’assolement) est un outil de protection des terres arables de la loi d’aménagement du territoire en vigueur depuis 1981 au niveau fédéral. 7% de la surface des terres exploitées doit être consacrée à la biodiversité au niveau fédéral, mais cette surface est de 14% dans le Canton de Genève car elle constitue un maillage indispensable au maintien et au renforcement de la biodiversité. Les contrats de corridors biologiques sur le territoire genevois et transfrontaliers permettent une bonne coordination avec la France pour maintenir un couloir pour le passage de la faune et ne pas isoler les réservoirs de biodiversité.

Le soutien à la production agricole et aux produits alimentaires est aussi très important à Genève depuis 1997. Il existe une marque de produits locaux, avec plus de 500 produits labélisés et une politique de soutien aux filières. Les réseaux agro environnementaux apportent quant à eux une qualité de l’espace rural et naturel. Une particularité du Canton de Genève est de coordonner et concilier Agriculture et Nature. Les agriculteurs veulent produire et les défenseurs de la nature veulent interdire l’accès à des périmètres protégés. Mais des solutions ont pu être mises en place au travers de politiques mixtes de promotion de l’agriculture et de l’environnement. On peut avoir une prairie en friche exploitée tardivement par l’agriculteur acceptant de jouer le jeu de la préservation de la biodiversité. Cela fait 2 ans que, au niveau politique, l’agriculture a fusionné avec la nature et le paysage. Ce rapprochement administratif a aussi pour avantage d’avoir un discours cohérent intégrant les contraintes et les enjeux.

Baltimore

La Maire de Baltimore encourage la plantation de légumes bio dans le cadre d’un plan global qui vise à promouvoir la santé et la sécurité alimentaire.

Baltimore a pris la tête d’un mouvement en ce sens aux Etats Unis auquel participent plusieurs métropoles.

La Havane

L’agriculture urbaine s’est développée à La Havane pour pallier les pénuries alimentaires cubaines qui ont suivi l’effondrement de l’URSS. Le pays se trouvait coupé des ressources financières et pétrolières que lui procuraient l’URSS.

Les « organopónicos », ou jardins-potagers, se sont développés rapidement, appuyés par le gouvernement. Créés dans l’urgence, ces espaces verts constituent un modèle d’agriculture urbaine biologique. Avec eux, les Cubains ont inventé une nouvelle manière de vivre la ville : sur les toits, les balcons, entre les immeubles, les surfaces cultivables s’improvisent sous toutes les formes.

Les « organoponicos » à La Havane nourrissent la ville en fruits et légumes / Image : Susanne Bollinger, CC BY-SA 4.0, Wikimédia

Les organoponicos sont en général composés de bandes étroites (30 à 60cm) de terres soutenues par des murets. La terre est enrichie en matière organique et est irriguée par goutte à goutte; c’est un système de culture intensif. 

Plus de 35,000 hectares sont cultivés en agriculture urbaine à La Havane (plus de 400.000 organoponicos). Ces « jardins potagers » produisent quotidiennement 280 grammes de fruits et légumes par habitant sur l’ensemble de la ville. Le nombre de personnes travaillant dans ces jardins est passé de 9.000 en 1990 à plus de 44.000 en 2006.

Le gouvernement procure aux fermiers le foncier et l’eau.Il leur vend des « matériaux » comme le compost organique, les semences, le matériel d’irrigation et les pesticides « organiques » appelés « biocontrols » (insectes bénéfiques, extraits biologiques de plantes). Ces agents biologiques bénéfiques sont produits dans 200 centres gouvernementaux répartis dans le pays. Dans la partie urbaine de La Havane il est obligatoire de pratiquer l’agriculture biologique.

Lien vers un film consacré aux « organoponicos » de La Havane :

Réalisation David Perrier / 2018 / diffusé sur Arte du 04/02/2019 au 05/04/2019