Alimentation et santé

Aujourd’hui, entre 80% et 90% de l’alimentation de la métropole parisienne serait importée de province, d’Europe ou d’autres continents. L’autonomie alimentaire de Paris ne serait que de 3 jours ! Dans un flux incessant, camions, trains, bateaux et avions ravitaillent la capitale, avec le bilan écologique catastrophique que nous pouvons imaginer par ces flux de transports consommant des énergies fossiles.

Cette situation, dramatique, n’est pas si ancienne. Jusqu’à l’époque des « Halles de Paris », avant que ne soit créé le « Marché International de Rungis » (ouvert en 1969), qui a totalement bouleversé les circuits d’approvisionnement et de distribution, les « Halles » étaient en grande partie approvisionnées en produits frais issus de cultures régionales, même si l’approvisionnement depuis la province ou l’étranger existait déjà: Amérique du Sud, Le Cap, etc. (Le mécanisme de l’approvisionnement de Paris. Les Halles centrales – R. Clozier – 1937).

Nous l’avons déjà évoqué dans l’ « Histoire du territoire », les terres agricoles que défend CARMA produisaient, outre des céréales, des légumes de plein champ en nombre, des fruits, et abritaient même de l’élevage. Aujourd’hui, à titre d’exemple, le « secteur de fruits et légumes » de Rungis comporte 9 pavillons… et seulement un « carreau » des producteurs d’Ile de France (source Wikipédia).

Par Felix Benoist / Les Halles de Baltard vues depuis Saint Eustache / Wikipédia

La première fonction d’une ville est de nourrir ses habitants

Dès le 13è siècle, le géographe persan Al Qazwini avait formalisé le plan d’une ville « idéale », entourée d’un anneau de cultures maraichères, au delà desquelles se situaient les grandes cultures… La conception même de la ville réunissait ville et agriculture.

 

Plan de la ville de Qazwin (Iran) / 13ème siècle

Outre les terres agricoles que nous défendons, aujourd’hui en « grande couronne », une ceinture maraichère proche de Paris alimentait autrefois la ville. Elle a aujourd’hui quasiment totalement disparue, mais les communes proches de Paris en gardent des traces et leur histoire: Montreuil sous Bois, Romainville, Stains, Pierrefite, Saint-Denis, etc. Le savoir-faire des maraichers était extrêmement développé, jusqu’à l’utilisation des déchets pour amender les sols. Ce savoir-faire est aujourd’hui à reconstituer.

Aujourd’hui, si vous observez la géographie de la ville, nous passons brutalement de la ville dense, peuplée… aux grandes étendues de cultures céréalières ou d’oléagineux, destinées majoritairement aux marchés d’exportation !

Toute la frange intermédiaire, destinée à nourrir la ville, a disparu !

La ville est radicalement coupée de sa périphérie agricole: deux systèmes se jouxtent (urbain / rural), et s’ignorent. La césure sociale qui existe aujourd’hui entre « urbains » et « habitants des territoires agricoles » commence peut-être ici.

La qualité de l’alimentation / la santé

Les habitants sont de plus en plus sensibles et informés sur la qualité des aliments qui leur sont proposés.

source WWF

Les scandales sanitaires qui se développent depuis plusieurs décennies ont permis une prise de conscience collective des moyens de productions qui étaient en oeuvre: crise de la vache folle, dans les années quatre-vingt-dix, affaire du lait contaminé de Lactalis qui a éclaté en décembre 2017, fraude autour de la viande de cheval en 2013 et les oeufs au fipronil en 2017… sont quelques exemples de ces dysfonctionnements. L’indignation de l’opinion après le rejet par l’Assemblée nationale, en mai 2018, d’un amendement visant à inscrire dans la loi l’interdiction du glyphosate en France avant 2021, est un signe clair. La demande d’une nourriture plus saine et vendue au prix « juste » (pour le producteur) ne cesse de grandir dans les pays occidentaux.

Le marché des produits biologiques ne cesse de se renforcer : entre 2012 et 2017, il a été multiplié par deux, atteignant 8,4 milliards d’euros et entraînant une augmentation des surfaces cultivées en bio, qui constituent désormais 6,6% des 54% du territoire national dédiés à l’agriculture, selon le dernier bilan de l’Agence bio. Toutefois, les importations augmentent faute d’une offre locale suffisante.

Nous sommes donc de plus en plus nombreux à comprendre que le libéralisme économique, la globalisation, la recherche de la rentabilité des capitaux engagés favorise « l’industrialisation » de l’agriculture à outrance en entrainant trois grandes dérives majeures :

  1. la manipulation « chimique » des sols et de leur production, aux conséquences non maîtrisées sur la qualité des sols, la biodiversité, la qualité des aliments, et la santé des habitants. Les manipulations génétiques aujourd’hui ne sont que la prolongation de cette mise en danger des habitants et de tout notre écosystème.
  2. la génération de flux de marchandises gigantesques, extrêmement « coûteux » du point de vue écologique et de la raréfaction des ressources minières et fossiles.
  3. La diminution de la valeur ajoutée et de l’emploi par unité de surface versus la rentabilité des capitaux investis par les détenteurs des grandes unités de production agricole.

Cette mondialisation des marchés agricoles rend d’autant plus difficile le contrôle sur la qualité des produits et sur leur réelle provenance. Les consommateurs sont souvent réduits à acheter des produits dont ils ignorent la composition et le mode de production.

Le prix de l’alimentation

Les habitants sont de plus en plus sensibles et informés sur la qualité des aliments qui leur sont proposés. Deux tiers des consommateurs français affirment consentir à payer un prix plus élevé pour des produits d’une meilleure qualité (le budget des ménages consacré à l’alimentation est pourtant passé de 35 % en 1960 à 20 % actuellement, au profit de biens parfois moins essentiels).

Pourtant les prix des aliments venant du bio ou distribués par des circuits courts, plus élevés en raison de la recherche de qualité et de rémunérations décentes, restent prohibitifs pour nombre d’habitants des grandes métropoles occidentales. 

Pour beaucoup de ménages, la baisse de la consommation de viande est liée à la prise de conscience des conditions d’élevage et d’alimentation des animaux, mais aussi au coût de cette alimentation.

Le mode de distribution des aliments

La grande distribution, où s’effectue presque les trois quarts des dépenses alimentaires françaises selon l’Insee, est aujourd’hui concurrencée par les circuits courts et locaux. Preuve en est le succès de la marque « C’est qui le patron ! », lancée en novembre 2016 afin de garantir une rémunération juste pour les producteurs, et qui en un an et demi a écoulé 50 millions de litres de lait équitable, avant de proposer désormais aussi des oeufs, du beurre, des pâtes et des pizzas.

Le retour à un modèle de production et de distribution plus « naturel » et « artisanal » est prisé. L’achat en circuit court (exemple des AMAP) s’installe aussi progressivement dans les habitudes des Français : en 2017, un tiers d’entre eux affirmaient déjà acheter local, selon une étude du cabinet Greenflex. Bière, miel, champignons, mais surtout légumes et herbes fraîches issus des innombrables projets d’agriculture urbaine – parfois promus par les collectivités territoriales – sont désormais couramment produits dans les grandes villes, y compris Paris.

Les grands groupes (Danone, Carrefour, Monoprix…), attirés par ce marché croissant, se mettent d’ailleurs au « naturel », dans un mode de fonctionnement qui n’est pas toujours « écologique » car il ne favorise pas une production consommée localement.

CARMA, un projet  alimentaire et agricole local…

Dans un rapport remis à l’ancienne ministre du Logement, Sylvia Pinel, en janvier 2016, et portant sur l’aménagement des territoires ruraux et périurbains, Frédéric Bonnet, architecte ayant reçu le grand prix de l’urbanisme en 2014, proposait dans ce sens la création d’une compétence alimentaire pour les collectivités locales.

« La prise en charge du projet alimentaire et agricole apparaît de plus en plus comme une nécessité pour les collectivités locales et territoriales (collectivités acquérant des terrains agricoles pour installer des maraîchers biologiques afin de fournir la restauration collective, construction ou soutien à la construction de bâtiments pour maintenir ou installer des agriculteurs, etc.). »

« Les villes ont l’aménagement urbain, les départements l’agriculture. La séparation est nette. A Lyon, la métropole concentre les deux compétences », souligne Bruno Charles, vice-président au développement durable, à la biodiversité, à la trame verte et à la politique agricole de la métropole de Lyon.

« Mon travail est de faire en sorte de re-localiser la production ainsi que la consommation. Autrement dit protéger la production, augmenter la part du local et arriver à sécuriser les filières », poursuit l’élu, avant de préciser sa politique :

« Il ne faut pas étendre les villes sur de nouvelles terres agricoles. D’ailleurs, l’agglomération a classé nombre de terrains en PENAP ce qui signifie que les terres agricoles le resteront, même si le plan local d’urbanisme évolue. Au travers des enjeux de l’alimentation, nous travaillons donc sur la limitation de l’expansion urbaine. »

Le projet CARMA s’inscrit dans la dynamique des projets alimentaires territoriaux, telle que retenue dans la loi d’avenir agricole de 2014. Aux partenaires locaux de s’approprier et de mettre en œuvre la démarche.

Cette page du site a été rédigée en se référant aux articles de l’hebdomadaire « La Tribune » :

« LES VILLES A LA CONQUETE DE LEUR AUTONOMIE ALIMENTAIRE »

« LE TEMPS DU MIEUX MANGER » GIULIETTA GAMBERINI