CARMA à CO2 Mon Amour – le 31 janvier 2021

« Chères terres nourricières du Triangle de Gonesse » : à quelques encablures de Paris, Denis Cheissoux s’intéresse à ces 750 hectares prisés par les promoteurs immobiliers d’un côté, et par des agriculteurs et citoyens de l’autre.

https://www.franceinter.fr/emissions/co2-mon-amour/co2-mon-amour-31-janvier-2021

Reportage dans le Val-d’Oise sur ces terres du Triangle de Gonesse

NB : Ce reportage a été tourné il y a un peu moins d’un an ! 

Raison pour laquelle Alice Le Roy, que l’on retrouve dans ce reportage, nous relate au téléphone les dernières actualités de ce dossier.

Denis Cheissoux s’est rendu à proximité de l’aéroport de Roissy, à 15km au Nord de Paris, sur ces terres si fécondes du Triangle de Gonesse.

Après l’abandon d’EuropaCity, mégacomplexe de loisirs et de commerces, annoncé par le gouvernement en novembre 2019, les associations citoyennes et écologiques pensaient avoir remporté la bataille.

Or, forte de la validation du Plan local d’urbanisme de la commune (PLU) par la Cour administrative d’appel de Versailles en décembre 2020, la Société du Grand Paris a depuis annoncé son intention de relancer le chantier de la gare du Grand Paris Express en plein milieu du Triangle de Gonesse.

Rassemblement sur le Triangle de Gonesse (Val d'Oise)
Rassemblement sur le Triangle de Gonesse (Val d’Oise) © Radio France / Marine Chailloux

Denis Cheissoux a tendu son micro à différents acteurs et militants qui se battent pour une autre vision et un autre projet pour leur territoire francilien :

Pour rappel, les sols du Pays de France, cultivés depuis des millénaires sont d’une fertilité naturelle exceptionnelle.

« Ici, avec ces terres gorgées d’eau, on peut tout faire pousser ; ce sont ces terres qui ont amené la création de Paris ! », nous rappelle Jean-Yves Souben, vice-président du Collectif pour le triangle de Gonesse

Avec le projet Carma, différentes démarches agricoles et citoyens émergent pour ce territoire : du maraîchage, de l’horticulture, des lieux de rencontre et de débats. 

L’idée serait d’alimenter en circuit court les cantines scolaires, les EPHAD, l’hôpital de Gonesse ; mais également de valoriser in situ les déchets organiques avec la création d’une petite unité de méthanisation par exemple.

Contre l’artificialisation des sols, ces associations se battent pour préserver ce bien commun que constituent ces terres limoneuses du Triangle de Gonesse, au profit de projets de transition agricole et d’économie circulaire.

Rassemblement sur le Triangle de Gonesse (Val d'Oise)
Rassemblement sur le Triangle de Gonesse (Val d’Oise) © Radio France / Marine Chailloux

Pour aller plus loin

Le Serment du Triangle de Gonesse

« À Gonesse, on se bat contre une gare au milieu des champs », Reporterre (18/01/2021)

Le portail gouvernemental sur l’artificialisation des sols  

Sols artificialisés et processus d’artificialisation des sols, déterminants, impacts et leviers d’actions. INRAE 

Aménagement : comment diviser par deux le rythme d’artificialisation des terres d’ici 2030. Pour limiter l’artificialisation des sols, la Convention citoyenne pour le climat a proposé des mesures fortes. ACTU ENVIRONNEMENT 20/01/2021  

La carte de France des grands projets inutiles publiée par REPORTERRE 

Programmation musicale

  • Jaloux du soleil – Alain Souchon
  • Are we alright again – Eels

« A Gonesse, il est encore possible de sauver des centaines d’hectares de terres nourricières »

Tribune publiée sur le site du journal Le Monde le 19 février 2021

Tribune. En France, il en est des grands projets d’aménagement comme des poulets à qui l’on vient de couper la tête : bien après leur mort, ils courent encore. Le Triangle de Gonesse, depuis l’annulation du mégacentre commercial EuropaCity, est un cas d’école. Sur ces champs d’une exceptionnelle fertilité, la Société du Grand Paris s’apprête à démarrer les travaux d’une gare du métro automatique, sans que quiconque ne sache exactement ni ce qu’elle desservira, ni comment elle sera financée, ni même si elle parviendra un jour à atteindre une quelconque forme de rentabilité.

Initialement promise par le gouvernement français au groupe Auchan, qui en avait fait la condition sine qua non de l’implantation d’EuropaCity dans l’est du Val-d’Oise, la gare « Triangle-de-Gonesse » aurait logiquement dû tomber aux oubliettes en même temps que ses 500 boutiques, ses 2 700 chambres d’hôtel et sa piste de ski artificielle.

Las, début janvier, les agriculteurs du Triangle ont été priés de quitter les champs pour laisser la place aux bulldozers et aux tunneliers du Grand Paris Express. L’emplacement de la gare n’a pas bougé : toujours prévue à presque 2 kilomètres des premières habitations, elle est à l’évidence le cheval de Troie d’une urbanisation future. Comment justifier autrement la dépense, entièrement sur deniers publics, d’une telle infrastructure ? On évoque 350 millions d’euros au bas mot.

Les derniers vestiges de la ceinture nourricière de Paris

Lors de l’annonce de l’abandon d’EuropaCity, l’on pouvait pourtant croire que les champs de Gonesse étaient enfin sauvés de la destruction. Le président de la République, Emmanuel Macron, n’avait-il pas déclaré que ce projet d’artificialisation des terres était « daté » et « dépassé » ? En décembre 2020, n’a-t-il pas fièrement porté cette décision au crédit de son mandat, laissant augurer d’autres décisions, plus courageuses encore ?

Des manifestants sur la ZAD protestent contre l’urbanisation du triangle de Gonesse, le 10 février 2021.
Des manifestants sur la ZAD protestent contre l’urbanisation du triangle de Gonesse, le 10 février 2021. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Impropres à l’habitat en raison du bruit des avions du Bourget et de Roissy, les quelque 700 hectares du Triangle de Gonesse sont parmi les derniers vestiges de la ceinture nourricière qui pendant des siècles alimenta Paris et sa région. Ces terres limoneuses, aux rendements élevés, absorbent l’eau et rafraîchissent l’air, de plus en plus caniculaire, de la région parisienne. C’est un patrimoine inestimable.

« Make the planet great again », nous dit le chef de l’Etat. Certes… Mais si l’on veut réparer notre terre, ne devrait-on pas commencer par les territoires les plus abîmés, ces zones périurbaines où les habitants, exposés à la pollution et au bruit, subissent l’injustice environnementale la plus criante ? Ne devrait-on pas donner la priorité aux territoires où le chômage et la précarité frappent le plus fort ?

Installer des fermes maraîchères, des exploitations horticoles

Depuis 2017, c’est cette conviction qui anime Carma, projet de transition écologique et sociale pour le Pays de France. Il fédère les acteurs franciliens prêts, dès maintenant, à se lancer. Il fait la part belle aux métiers de l’agriculture locale, mais parie aussi, pour les communes sur le pourtour du Triangle, sur l’investissement dans les secteurs d’avenir de la mobilité non polluante, de l’écoconstruction et de la rénovation thermique des bâtiments.

Il n’y a rien de fantaisiste à proposer cela. On le sait, les métiers de la transition écologique sont denses en emplois utiles et non délocalisables. Quant au Triangle agricole lui-même, sur les 110 hectares expropriés par l’Etat pour faire EuropaCity, et qui sont désormais propriété de l’établissement foncier régional, il est possible dès maintenant d’y installer des fermes maraîchères, des exploitations horticoles et de petites unités d’élevage permettant de requalifier le paysage et de fertiliser le sol.

La pertinence économique de tels choix n’est plus à démontrer : les fruits et légumes en circuit court pourront approvisionner les cantines scolaires et les Ehpad franciliens, tenus d’appliquer la loi qui exige que 50 % des produits soient bio ou sous label de qualité dès 2022. Quant à la filière horticole, entièrement dépendante des importations par avion avec des conséquences sociales et environnementales désastreuses, elle pourra être relocalisée sur ce territoire, où il y a quarante ans encore poussaient des tulipes à perte de vue.

Les terres fertiles sont notre patrimoine commun

Aveuglés par les promesses mensongères de créations d’emplois, prisonniers de visions dépassées, certains élus locaux s’entêtent hélas à soutenir un étalement urbain mortifère. L’Ile-de-France, et particulièrement cette zone du Val-d’Oise, est pourtant saturée de centres commerciaux, de zones de logistique et de bureaux vides.

Les collectifs citoyens, de plus en plus nombreux et mobilisés, tentent d’empêcher l’irréversible. Ils multiplient les recours, jusqu’au Conseil d’Etat. Depuis le 17 janvier, des milliers de signataires du « Serment du Triangle » se sont déclarés « copropriétaires » de ces terres, expropriées au nom d’un intérêt général qui, de l’avis de tous, doit aujourd’hui prendre en compte une nouvelle réalité, celle du dérèglement climatique, et d’une pandémie qui exige que l’on relocalise des pans entiers de notre économie.

Certains ont même choisi d’occuper le Triangle, le déclarant « zone à défendre », afin d’empêcher la reprise des travaux de la gare. Les terres fertiles sont notre patrimoine commun. Les scientifiques clament l’absolue nécessité de ne plus y porter atteinte : toute nouvelle bétonisation accroît la menace sur notre avenir. Au début des années 1980, il y avait 32 millions d’hectares de terres agricoles en France. Selon les Safer, qui gèrent le foncier rural, il n’y en a aujourd’hui plus que 27 millions. A Gonesse, il est encore possible de sauver des centaines d’hectares de terres nourricières. Il est encore possible de stopper la course à l’abîme.

Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres (Génération Ecologie) et ancienne ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie ; Gilles Clément, paysagiste ; Karima Delli, députée européenne (Verts/ALE), présidente de la commission transports du Parlement européen ; Marie Desplechin, autrice ; Nicolas Hulot, ancien ministre de la transition écologique et solidaire ; Jean Jouzel, climatologue ; Corinne Lepage, avocate et ancienne ministre de l’environnement ; Aurélien Taché, député du Val-d’Oise (Les Nouveaux Démocrates) ; Marie Toussaint, députée européenne (Verts/ALE), cofondatrice de Notre affaire à tous.

Triangle de Gonesse : « Pourquoi l’accès au bio en circuit court serait-il réservé aux riches ? »

Libération, le 20 janvier 2021

Daphné Deschamps

Un an après l’abandon du projet commercial EuropaCity, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dimanche dans le Val-d’Oise pour dire non à une gare au milieu des champs et défendre un projet d’un hub du bio en Ile-de-France.

Ils sont plusieurs centaines, rassemblés sur une petite parcelle, très vite transformée en mare de boue, ce dimanche, à l’appel du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), malgré un froid piquant et les chutes de neige de la veille. Venus avec drapeaux et pancartes, on trouve en bordure de cette route départementale du Val-d’Oise des organisations écologistes, des collectifs issus de diverses zones à défendre (ZAD) et lieux de luttes d’Ile-de-France, mais aussi des élus locaux et des cadres d’Europe Ecologie – les Verts (EE-LV) et de La France insoumise. Au programme de la journée : assemblée générale des collectifs en lutte, prises de parole en soutien au projet de Coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d’avenir (Carma), et réflexions sur l’avenir de la mobilisation. Dans tous les esprits, un objectif : faire de cet espace le laboratoire de la transition agricole, des circuits courts et de la marche vers davantage d’autosuffisance alimentaire en Ile-de-France.

Entre une départementale à droite et des hectares de champs à gauche, il n’y a que trois tentes blanches plantées sur un minuscule pré herbeux. Une pour les prises de parole, une pour la cantine, qui propose des soupes locales à prix libre, et une pour les signatures du «Serment du Triangle», le texte symbolique rédigé pour l’occasion. Quelques enfants courent entre les «trente génies» disséminés autour des tentes, sortes de tubes de tissu colorés sur lesquels sont peints des visages. Pendant ce temps, les adultes s’agglutinent sous la grande tente pour écouter l’histoire des terres agricoles qu’ils sont venus défendre, et discuter des grands projets d’avenir qu’ils ont pour la zone.

Gonesse, le 17 janvier 2021. Pendant un rassemblement sur les terres agricoles du Photo Denis Allard pour Libération

Formé contre le projet de mégacentre commercial Europacity, abandonné en novembre 2019, le CPTG lutte contre l’urbanisation des terres «les plus fertiles d’Ile-de-France». La parcelle de la Patte-d’Oie, sur laquelle sont dressées les tentes du rassemblement, est l’une d’elles : d’ici quelques semaines, elle pourrait déjà être en travaux, pour la construction de la gare «Triangle de Gonesse» de la future ligne 17 du métro, au milieu des champs. Une aberration pour les militants, qui redoutent la bétonisation accélérée de la zone, puisque la première habitation se trouve à plus d’un kilomètre de la (future ?) station. Des recours ont été déposés par le collectif, mais n’ont pas encore été tranchés. Pour défendre son contre-projet centré autour d’une agriculture maraîchère, biologique et en circuit court, le projet Carma, lancé en 2016, espère tirer parti du rapport du haut fonctionnaire Francis Rol-Tanguy, rendu à l’été 2020 et dévoilé il y a quelques jours par Libération.

Un combat sur plusieurs plans

Il est pourtant difficile, quand on arrive au bout de la route boueuse, d’imaginer ce potentiel hub d’agriculture écologique et bio. Les militants, eux, s’y voient déjà. «On ne s’est jamais dit que l’abandon d’Europacity suffirait à sauver les terres agricoles de Gonesse», explique Bernard Loup, président du CPTG. Pour lui, la lutte est un symbole de ce que pourrait être l’agriculture du futur. Le CPTG travaille depuis la première heure avec Carma. «C’est parfait comme projet, surtout avec des terres fertiles comme celles-ci, juge Alain, maraîcher bio à Cergy (Val-d’Oise). Le circuit court, ça marche. Tous ces hectares disponibles, c’est dommage d’y faire pousser du blé, quand on pourrait y mettre des légumes. Evidemment, le blé, ça nourrit, mais ça ne fait pas tout.» L’Ile-de-France est la région avec le moins d’autonomie alimentaire du pays : seulement 2% de la nourriture qui y est consommée est produite dans la région. Et une infime partie de celle-ci est bio. A Cergy, Alain nourrit une petite partie de la population avec ses légumes, mais il n’exploite que quelques hectares ; le Triangle de Gonesse offre 280 hectares de terres agricoles dont les potentiels fruits ne demandent qu’à finir dans les assiettes franciliennes, et pas forcément à des prix exorbitants.

Gonesse, le 17 janvier 2021. Alain Crochot, maraîcher, pendant un rassemblement sur les terres agricoles du Alain, maraîcher, présent lors du rassemblement à Gonesse. Photo Denis Allard pour Libération

«C’est pas parce qu’on est pauvre qu’on doit mal manger», illustre Mireille Alphonse. Deuxième adjointe EE-LV à la mairie de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, elle est chargée de la transition et de la démocratie alimentaire, et soutient entièrement Carma. Elle a même fait voter une subvention de soutien au projet en décembre dernier, et veut nourrir les enfants de sa ville avec les légumes qu’elle espère voir bientôt pousser à Gonesse. «A Montreuil, on a environ 8 500 repas par jour dans les cantines scolaires, et on veut améliorer au maximum ce qu’on propose aux enfants. Il y a une augmentation très forte de l’obésité infantile, qui est évidemment due à la malbouffe, et les municipalités ont leur rôle à jouer là-dedans.» Elle travaille avec les agriculteurs impliqués dans le projet et espère réussir à les faire venir «au pied des immeubles» pour des marchés de quartier d’ici au mois de juin. Et dès le lancement effectif et tant espéré de Carma, elle voudrait que les enfants de Montreuil mangent local et bio. «Le combat contre la malbouffe, c’est aussi celui pour permettre l’accès au bio, en circuit court, aux classes populaires. Pourquoi ça serait réservé aux riches ?»

Gonesse, le 17 janvier 2021. Julien Bayou, Eric Piolle, Yannick Jadot et Marie Toussaint (EELV Les Verts), pendant un rassemblement sur les terres agricoles du Julien Bayou, Eric Piolle, Yannick Jadot et Marie Toussaint (EELV), lors du rassemblement sur le «triangle de Gonesse», le 17 janvier 2021. Photo Denis Allard pour Libération

Une logique partagée par d’autres élus qui ont fait le déplacement : pour Eric Piolle, maire EE-LV de Grenoble, «il y a un vrai besoin de reconnecter les villes à l’agriculture, par des projets réfléchis, comme Carma». Lui aussi prône l’accès à de la production locale par des marchés de quartier, en circuit court, et revendique d’avoir été un des premiers maires à faire rouvrir les marchés de producteurs durant le premier confinement. Même constat du côté du député européen EE-ELV Yannick Jadot. «Carma répondrait à une véritable attente sociale, c’est un projet d’installation durable, qui permettrait de réduire la catastrophique dépendance alimentaire de l’Ile-de-France.» Privilégier un scénario d’entre-deux, avec l’urbanisation d’une partie de la zone, comme ce que propose l’un des scénarios prévus par Francis Rol-Tanguy dans son rapport, «n’est absolument pas acceptable».

Nourrir et former la jeunesse

Quel que soit le scénario choisi, la remodélisation de la ZAC prévue autour d’Europacity prendra du temps. Au moins trois ans selon Robert Spizzichino, un des pilotes du projet Carma : «Tout le bassin de Roissy est en crise. Plutôt que de revenir vers de vieilles recettes d’urbanisation qui n’ont plus aucun sens avec la crise sanitaire, il faut diversifier, s’adapter à la nouvelle donne. On a l’occasion de faire un pôle de l’agronomie du futur, il faut se lancer.» Et pour les terres agricoles, le projet Carma prévoit aussi l’arrivée d’une nouvelle génération d’agriculteurs. Un nom revient sur toutes les lèvres, celui de Marie Proix. Absente ce dimanche, elle est la fille d’un agriculteur local, qui, lorsque celui-ci a pris sa retraite, a repris l’exploitation avec son frère, en bio et en circuit court. «Mais elle n’est pas la seule, assure Robert Spizzichino. On reçoit énormément de demandes de jeunes qui veulent rejoindre Carma, et se former.»

Gonesse, le 17 janvier 2021. Julien Vermignon, co-président de l&squot;association Julien Vermignon, co-président de l’association «Nous Gonessiens». Photo Denis Allard pour Libération

«Il y a une nécessité de mécanisation pour faire du bio à grande échelle et produire de quoi nourrir la région, c’est sûr. Mais ça se fait», confirme Alain, l’agriculteur venu de Cergy. Lui ne viendra pas s’installer à Gonesse, puisqu’il a déjà son exploitation. «Mais Carma, c’est la possibilité de faire à beaucoup plus grande échelle ce qu’on fait déjà sur nos petits hectares respectifs. Les terres sont là, formons les jeunes.» Les jeunes de la région, Julien Vermignon les connaît bien. A 22 ans, il est membre du conseil d’administration de Carma, et investi dans l’association Nous Gonessiens, qui s’est donné la mission de présenter le projet aux habitants, et de faire remonter leurs commentaires et leurs idées, pour les y intégrer. «Le projet intéresse les jeunes. Mais il faut les former, et ici, il n’y a pas beaucoup de perspectives pour le moment.»

Autour de la zone, l’offre de formation est très centrée autour de la logistique, pour fournir de la main-d’œuvre au hub géant que représente l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. «Carma, c’est aussi créer des métiers dans l’imaginaire des jeunes, et leur donner accès à ces métiers. Bien sûr, il faut des techniciens agricoles, pour produire et transformer ce qu’on va faire pousser ici, mais pas que.» Il poursuit : «Une épicerie zéro déchets a ouvert à Gonesse, c’est le début d’un écosystème local. Il faut vraiment déconstruire les idées préconçues.» Selon lui, si le Triangle de Gonesse devenait ce pôle d’une agriculture moderne et novatrice, un nouvel éventail d’emplois s’ouvrirait aux jeunes de la région.

Gonesse, le 17 janvier 2021. Pendant un rassemblement sur les terres agricoles du Photo Denis Allard pour Libération&

Le rassemblement de dimanche est centré sur l’urgence de la situation du Triangle de Gonesse : les travaux de la gare homonyme pourraient très vite débuter, signant pour les militants présents le début de l’inéluctable urbanisation de la région. Si la plupart des personnes présentes dimanche acceptent que la ligne 17 traverse le Triangle de Gonesse, la gare est, à leurs yeux, inutile. Pour eux, pas question d’interrompre la lutte. En atteste le Serment du Triangle, qui enjoint les signataires à se déclarer «responsables du vivant», et surtout à «le protéger contre toute tentative d’artificialisation et de destruction, quelle qu’elle soit».

 

Triangle de Gonesse-Pays de France : un projet d’avenir existe, que fait le gouvernement ?

Communiqué de presse du 1er décembre 2020

Un an après l’abandon d’EuropaCity, de nombreux acteurs du pays de France, fédérés dans le projet CARMA (Coopération pour une Ambition agricole, Rurale et Métropolitaine d’Avenir), sont prêts à se lancer dans des activités créatrices d’emplois locaux et durables. Mais malgré la crise sociale qui frappe durement le territoire, l’arbitrage du gouvernement sur l’avenir du Triangle de Gonesse se fait attendre.

Lancement d’un pôle agro-écologique pilote permettant d’approvisionner les marchés locaux et la restauration collective, relance de la filière horticole locale via une ferme floricole exemplaire, création d’un campus des métiers de la transition écologique permettant de former les jeunes et de reconvertir les salariés à des métiers d’avenir, sont quelques-uns des projets détaillés dans une contribution adressée par l’association CARMA le 20 novembre au préfet du Val d’Oise, chargé d’élaborer le futur contrat de territoire de l’est valdoisienCe dernier fait suite au rapport de M. Rol Tanguy dans lequel le projet CARMA, un des trois scénarios retenus, apparaît bien comme le plus crédible pour « construire une vision d’avenir de ce territoire » dans une stratégie de développement durable.

Le projet CARMA est né en 2017 pour défendre les terres agricoles du Triangle de Gonesse, maillon essentiel d’une ceinture verte à préserver sur les franges péri-urbaines de l’Ile-de-France. Au-delà du Triangle, l’association rassemble de nombreux acteurs du Pays de France, territoire à cheval sur le Val d’Oise et la Seine-Saint-Denis, et des professionnels de l’aménagement pour implanter un projet exemplaire d’économie circulaire. La lutte contre la trop grande dépendance de la région aux importations alimentaires (à plus de 90%) figure parmi les objectifs-phares du projet. 

« La Région métropolitaine, lieu de vie de 12 millions d’habitants, doit se lancer de manière ambitieuse dans une mutation de son système alimentaire. Paris et sa région sont très en retard : il est plus que temps de créer de nouvelles filières et emplois dans la production, la transformation, la distribution de produits de qualité, qui permettent le maintien de la fertilité des terres. C’est une dynamique gagnante à plusieurs titres, puisqu’elle permet de valoriser le patrimoine agricole et de préserver la biodiversité, de lutter contre les pollutions liées à l’activité agro-industrielle, mais aussi de créer de nouveaux paysages, qui sont autant de facteurs d’attractivité et de mieux vivre pour les habitants », déclare Dominique Picard, présidente de l’association CARMA

Le projet CARMA participe à la réalisation des engagements de la France dans les accords de Paris, signés en 2015 : il s’inscrit pleinement dans les objectifs à la fois du gouvernement et du Conseil régional Ile-de-France, qui se disent favorables à une politique de protection des terres agricoles, dans le cadre de l’objectif « zéro artificialisation nette » et à la loi sur l’agriculture et l’alimentation de 2018, qui exige 50 % de l’approvisionnement de la restauration collective en produits de qualité ou locaux dont 20% issus de l’agriculture biologique, dès 2022. 

« La banlieue nord-est de Paris est jeune, elle est créative, et elle n’attend pas pour entreprendreMais le territoire du pays de France a besoin d’un arbitrage du gouvernement et d’un engagement de la Région Ile-de-France sur l’avenir des terres du Triangle de Gonesse. C’est un levier essentiel qui permettra d’engager véritablement la transformation économique, sociale et écologique de ce territoire », précise Dominique Picard.


Dominique Picard, présidente de CARMA


contact : groupement.carma@gmail.com – 06 80 02 89 72

La Gazette du Val-d’Oise : Le Carma prend racine au Triangle de Gonesse

Depuis l’abandon du projet EuropaCity sur le périmètre du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise), les conclusions du rapport de Francis Rol-Tanguy sont attendues.

Le projet Carma s'inscrit dans un programme de transition agroalimentaire qui pourrait s'opérer à partir du Triangle de Gonesse (Val-d'Oise).
Le projet Carma s’inscrit dans un programme de transition agroalimentaire qui pourrait s’opérer à partir du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise).

Depuis l’abandon du projet EuropaCity sur le périmètre du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise), un programme de Carma (Coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d’avenir) est lancé et une démarche Risome (Réseaux d’Initiatives solidaires pour les mutations agroécologiques) est soutenue, sur la nécessité d’engager une transition agroalimentaire qui pourrait s’opérer à partir du Triangle de Gonesse.

Le Conseil d’orientations stratégiques (Cos) du projet Carma-Risome a été mis en place mercredi 7 octobre.

Il est composé d’une vingtaine de personnalités issues d’organismes de recherche et d’enseignement supérieur, de développement local et d’ingénierie de la transition écologique, ainsi que d’opérateurs économiques de l’Économie sociale et solidaire partenaires du projet.

Son rôle est de fournir des avis et des contributions actives relatifs à la réalisation de Carma-Risome sur le Triangle de Gonesse et le Pays de France, de manière à en faire une opération exemplaire aux niveaux régional et international.

Des pistes

En attendant les conclusions du gouvernement à propos du rapport de Francis Rol-Tanguy sur les alternatives à EuropaCity, les membres du Cos ont pris connaissance de l’avancement des discussions locales concernant le projet.

Une présentation leur a été faite des divers chantiers d’études et de préfiguration en cours au sein de l’association Carma.

Cette première réunion a permis de relever des pistes de travail à caractère essentiel : faire de l’emploi et de la formation une priorité majeure pour répondre aux attentes des habitants du territoire, renforcer la connaissance et l’appropriation du projet Carma-Risome tant auprès des élus que des milieux agricoles et des habitants, approfondir les modalités de mise en œuvre de la distribution des productions agricoles en circuits courts, proposer aux porteurs de projets innovants des solutions d’accompagnement techniques, scientifiques et financiers.

« Les membres présents du Cos ont donné leur accord pour soutenir la promotion du projet, mettre à disposition du transfert de savoir-faire, et participer à des groupes de travail relatifs à la préparation de la mise en œuvre du projet », précise Dominique Picard, présidente de Carma.

Le Conseil se réunira à nouveau après les arbitrages rendus par le gouvernement pour estimer s’ils permettent effectivement la réalisation du grand projet de transition agro-alimentaire et écologique auquel ils ont apporté et souhaitent continuer d’apporter leur contribution.

L’ambition écologique commence sur le Triangle de Gonesse

Tribune parue dans Libération

Après l’abandon en 2019 du méga centre commercial EuropaCity, que va devenir cet espace agricole aux portes de Paris ? 

Plusieurs personnalités du monde de l’économie sociale et solidaire plaident pour la mise en oeuvre de CARMA, projet agro-écologique d’intérêt général pour l’Ile-de-France.

Tribune. Le 7 novembre 2019, le président de la République annonçait l’abandon d’EuropaCity, mégacentre commercial et de loisirs qui devait être construit dès 2020 à Gonesse, à 15 kilomètres de Paris, entre les aéroports du Bourget et Roissy-Charles-de-Gaulle. En tout, 80 hectares de champs allaient laisser la place à une galerie marchande de 500 boutiques, des salles de spectacles, plusieurs ensembles hôteliers, sans oublier une piste de ski artificielle, comme à Dubaï. On ne peut donc que saluer cette première sage décision d’arrêt d’un projet dont la viabilité économique dépendait d’un tourisme international aujourd’hui fort compromis.

Mais pour autant, qu’en est-il de l’avenir du Triangle de Gonesse, espace agricole de presque 700 hectares d’une exceptionnelle qualité agronomique, et de son territoire, qui porte le nom ô combien symbolique de «Pays de France ?» Quelles décisions seront prises pour ces communes situées à la lisière de la ville et des champs, et dont les habitants, plus exposés qu’ailleurs à la pollution et au bruit, sont frappés par un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne régionale ?

En même temps qu’il annonçait l’abandon d’EuropaCity, le gouvernement demandait à Francis Rol-Tanguy d’écrire un rapport contenant des «scénarios» pour ce territoire. Si son contenu n’a pas encore été diffusé, et si les arbitrages du gouvernement se font attendre, on doit espérer que cela ne soit pas une vision dictée par le court terme et les demi-mesures qui aboutisse encore une fois à la plus mauvaise des solutions : celle d’urbaniser des terres agricoles aux portes de Paris.

Car pour le moment, et contre toute logique, ni la gare du Grand Paris Express imaginée au départ pour desservir EuropaCity, ni la zone d’aménagement concerté (ZAC) et son quartier d’affaires de 200 hectares, soit la superficie de la moitié de la Défense, n’ont été abandonnés. La ZAC a même été validée par une décision du Conseil d’Etat en date du 1er juillet.

Regardons la réalité en face : la construction en plein champ d’une gare, dont le coût a été estimé par la Société du Grand Paris à 100 millions d’euros, ne peut qu’être le cheval de Troie d’une urbanisation à grande échelle, certes, moins spectaculaire que ne l’était le projet EuropaCity, mais tout aussi absurde.

Pourtant, un scénario alternatif existe : depuis 2016 le projet Coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d’avenir (Carma) vise non seulement à préserver ces espaces non artificialisés, nos meilleurs alliés face à la pollution et aux canicules, mais aussi à relever le défi de l’approvisionnement alimentaire, (cantines scolaires, hôpitaux, Ehpad…), en produits bios et locaux. Des fermes maraîchères, une ferme horticole, un lieu d’apprentissage des méthodes de l’agroécologie et des métiers d’avenir de la mutation écologique, les projets ne manquent pas. Et tout autour du triangle agricole, de nombreuses zones déjà urbanisées pourraient permettre l’installation d’entreprises d’économie sociale et solidaire.

D’autres métropoles européennes l’ont compris avant nous : en protégeant les terres agricoles à leurs portes, des villes comme Milan, Barcelone ou Liège se sont donné la possibilité de s’engager dans une transition écologique qui enrichit le sol sans pesticides et sans engrais chimiques, qui embellit le paysage, et qui ouvre la possibilité de nouveaux circuits de distribution plus proches des territoires, créateurs de davantage d’emplois.

Le projet Carma et son prolongement, la démarche Réseaux d’initiatives solidaires pour les mutations agroécologiques (Risome) pour le Pays de France, cherchent à accélérer la mise en réseau et les coopérations de toutes celles et ceux qui sont conscients de l’urgence d’un nouveau modèle agroalimentaire, l’un des points névralgiques d’une transition écologique.

Pendant le confinement, la pénurie alimentaire a pu être évitée. Mais jamais la conscience de la vulnérabilité de notre système d’approvisionnement n’a été aussi forte. Après la ruée sur les produits de première nécessité, des systèmes alternatifs de distribution, souvent solidaires, se sont inventés. Les ventes à la ferme, les achats groupés d’habitants, les ventes flash de produits supplémentaires de paniers Amap, sans oublier la mobilisation pour approvisionner les personnels soignants et populations fragiles et dépendantes, ont montré l’inventivité des agriculteurs, commerçants et habitants dans ces circonstances inédites. Mais sans moyens juridiques et financiers pour pérenniser ces nouveaux circuits, et surtout sans la volonté politique constante de protéger les terres agricoles, ces initiatives resteront sans lendemain.

Les membres de la Convention citoyenne sur le climat l’ont affirmé avec force : il faut «interdire toute artificialisation des terres tant que des réhabilitations ou friches commerciales, artisanales ou industrielles sont possibles dans l’enveloppe urbaine existante» et «protéger fermement et définitivement les espaces naturels et agricoles périurbains». Si l’on en croit la déclaration de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, à l’issue du Conseil de défense écologique de ce lundi 27 juillet, cette demande essentielle devrait faire l’objet d’une circulaire estivale aux préfets pour «veiller scrupuleusement à cette question d’artificialisation dans les dossiers d’autorisation commerciale». Un premier pas à saluer mais cela sera-t-il suffisant pour inverser la vapeur ?
Le chef de l’Etat a promis de mettre «l’ambition écologique au cœur du modèle productif» : c’est à Gonesse, dès maintenant, qu’il a rendez-vous pour apporter la preuve que des discours, il est prêt à passer aux actes.

Signataires : Christiane Bouchart Vice-présidente du Réseau des collectivités territoriales pour une économie solidaire (RTES), membre du Labo de l’ESS (économie sociale et solidaire), Alain Caillé Professeur de sociologie émérite à Paris-Ouest-Nanterre, directeur du Mauss, animateur du mouvement des Convivialistes, Marc Dufumier Agronome, professeur honoraire à AgroParisTech, Dominique Hays Président du Réseau Cocagne, animateur de l’Ecopôle alimentaire d’Audruicq, Fatima Idhammou Fondatrice de Réseau d’échanges et de restauration (RER), Dominique Picard Présidente de Carma, Hugues Sibille Président du Labo de l’ESS, Agnès Sinaï Fondatrice de l’Institut Momentum et auteure d’un livre sur la biorégion Ile-de-Franc

CARMA dans « Les Echos »

Une association propose de convertir le Triangle de Gonesse à l’agro-écologie.

L’association Carma vient de rendre publiques ses propositions pour le territoire du triangle de Gonesse et du Pays de France.

Basées notamment sur la transition écologique, ces idées entendent nourrir le rapport attendu de l’urbaniste Francis Rol-Tanguy.

Par Alain Piffaretti

Publié le 5 juin 2020

Après l’abandon du projet de vaste centre commercial et de loisirs Europacity par le gouvernement, le triangle de Gonesse et le Pays de France se cherchent un nouvel avenir au Nord de Paris. L’urbaniste et haut-fonctionnaire Francis Rol-Tanguy a été chargé par l’Etat d’une mission sur le dossier. Ce dernier devrait rendre son rapport dans les prochaines semaines. L’association Carma (Coopération pour une Ambition Agricole, Rurale et Métropolitaine d’Avenir) lui a remis deux documents avec des pistes concrètes pour la mise en valeur des 680 hectares de terres agricoles situés entre Le Bourget et Roissy.

L’ensemble « représente un ambitieux projet de transition écologique pour l’ensemble du pays de France », souligne Robert Spizzichino, le président de Carma qui a lutté ardemment contre Europacity. Alors que la crise sanitaire provoquée par le coronavirus a mis en lumière la grande vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement en Ile-de-France, et que l’érosion de la biodiversité fragilise la production alimentaire, les projets élaborés par l’association Carma entendent apporter des éléments de réponses à l’urgence de relocaliser des pans stratégiques de l’économie.

Fermes-pilotes et centres d’appui 

Constituée d’ingénieurs agronomes, d’urbanistes, d’architectes, de paysagistes, d’agriculteurs et d’acteurs associatifs, l’association Carma propose que le territoire devienne un pôle d’excellence de filières non délocalisables autour de l’agriculture, de l’alimentation et de la santé. 

Concrètement, quelque 300 hectares pourraient être préservés de l’urbanisation et exploités par les agriculteurs, déjà en place et volontaires, dans des fermes-pilotes. « Parmi les débouchés figure l’approvisionnement de la restauration collective en produits bio et labellisés, anticipant ainsi l’objectif de 50 % prévu à horizon 2022 par la loi sur l’alimentation », poursuit Robert Spizzichino. 

L’association envisage par ailleurs la création d’un second dispositif, une infrastructure dédiée aux nouveaux métiers de la transition agro-alimentaire et écologiste. Un Campus des métiers de la transition écologique, un Forum du Bien Vivre, un Centre d’appui à l’entrepreneuriat et un Pôle de ressources sur l’agroécologie et la santé alimentaire feraient notamment partie des propositions phares de Carma.

Alain Piffaretti

CARMA propose une feuille de route pour le Triangle de Gonesse et le pays de France

Communiqué de presse

Six mois après l’abandon du projet de méga-centre commercial et de loisirs EuropaCity, l’association CARMA* a remis deux rapports sur l’avenir du Triangle de Gonesse et du pays de France à Francis Rol-Tanguy, le représentant chargé par l’Etat d’une mission sur le territoire.
Les deux dossiers proposent des pistes concrètes de mise en valeur des 680 hectares de terres agricoles situés entre Le Bourget et Roissy, ainsi qu’un ambitieux projet de transition écologique pour l’ensemble du pays de France. Quelque 300 hectares pourraient ainsi être préservées de l’urbanisation.


« Le premier rapport, centré sur le Triangle de Gonesse, envisage sa transition agricole et alimentaire, en s’appuyant sur les agriculteurs en place qui le souhaitent», explique Robert Spizzichino, président de CARMA. « Le deuxième propose une démarche dénommée RISOME* afin que ce territoire devienne un pôle d’excellence fondé sur les filières économiques non délocalisables de l’agriculture, de l’alimentation et de la santé, avec des dispositifs d’accès à l’emploi et une démarche de recherche-développement tournée vers l’innovation ».

Un Campus des métiers de la transition écologique, un Forum du Bien Vivre, un Centre d’appui à l’entrepreneuriat et un Pôle de ressources sur l’agroécologie et la santé alimentaire font partie des propositions phares de CARMA pour ces territoires du Val d’Oise et de Seine Saint Denis durement touchés par le chômage et la précarité, et qui devront bénéficier d’investissements significatifs.

Constituée d’ingénieurs agronomes, d’urbanistes, d’architectes, de paysagistes, d’agriculteurs et d’acteurs associatifs, l’association CARMA propose que les champs du Triangle de Gonesse deviennent, au travers de ses fermes-pilotes, l’un des premiers maillons d’un réseau d’agroécologie en Ile-de-France. Parmi les débouchés figure l’approvisionnement de la restauration collective en produits bio et labellisés, anticipant ainsi l’objectif de 50% prévu à horizon 2022 par la Loi sur l’alimentation.

L’hypothèse d’une relance, avec le soutien de la Région Ile-de-France, de la filière horticole régionale afin de répondre à la demande émergente des particuliers pour des fleurs locales et de saison, ainsi qu’à celle des collectivités qui mènent des programmes d’introduction de la nature en ville, figure également en bonne place dans les propositions de CARMA.

Une quinzaine d’organismes et de personnalités du territoire et de la région ont accepté de faire partie d’un Conseil d’Orientation Stratégique chargé de mettre la démarche sur les rails avec les collectivités concernées. Ils ont enrichi le dossier de leurs propres contributions.

Chargé de rédiger des « scénarios » sur l’avenir de la plaine de France, le haut fonctionnaire Francis Rol-Tanguy devrait remettre sa copie dans la deuxième quinzaine du mois de juin au gouvernement. Celui-ci devra alors trancher sur le projet le plus pertinent pour le territoire ainsi que sur les meilleures solutions de déplacements pour désenclaver l’est du Val d’Oise.

Alors que la crise sanitaire provoquée par le coronavirus a mis en lumière la grande vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement en Ile-de-France, que le dérèglement climatique et l’érosion de la biodiversité fragilisent la production alimentaire, les projets élaborés par l’association CARMA fournissent une réponse pragmatique et opérationnelle à court, moyen et long terme à l’urgence de relocaliser des pans stratégiques de l’économie.

*CARMA (Coopération pour une Ambition Agricole, Rurale et Métropolitaine d’Avenir)
https://carmapaysdefrance.com/

* RISOME (Réseaux d’Initiatives SOlidaires pour les Mutations agro-Écologiques)
Contact : groupement.carma@gmail.com
Robert Spizzichino 06 87 62 38 84
www.carmagonesse.com ou www.carmapaysdefrance.